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Migrer de PrestaShop vers Shopify sans perdre son trafic

Kévin Papot, Directeur de la publication · publié le · 10 min

Une migration ratée ne se voit pas le jour du lancement. Elle se voit six semaines après, quand le trafic organique a fondu de moitié et que personne ne sait pourquoi. Dans la quasi-totalité des cas que nous reprenons, la cause est la même : les URL.

Ce qui casse, et dans quel ordre

Trois choses se perdent dans une migration mal conduite, par ordre de gravité.

Les URL. PrestaShop et Shopify n’ont pas la même structure d’adresses. PrestaShop utilise volontiers /12-categorie/45-produit.html, Shopify impose /products/produit et /collections/categorie. Chaque adresse qui change sans redirection est une page qui disparaît des résultats de recherche.

Les données produit. Les déclinaisons, les attributs personnalisés, les remises par quantité et les prix spécifiques ne se transposent pas automatiquement. Ce sont les champs les plus riches qui se perdent le plus silencieusement.

L’historique client. Comptes, commandes passées, avoirs, programme de fidélité. Un client qui ne retrouve pas son historique appelle le service client, ou ne revient pas.

La séquence qui marche

L’ordre compte plus que le soin apporté à chaque étape.

1. Cartographier avant de toucher à quoi que ce soit. Export complet des URL existantes, croisé avec leurs positions et leur trafic. C’est ce document qui détermine ce qu’on préserve absolument, ce qu’on redirige et ce qu’on laisse mourir. Sans lui, on arbitre à l’aveugle.

2. Décider page par page. Toutes les URL ne méritent pas une redirection. Une page de filtre qui n’a jamais reçu de visite peut disparaître. Une fiche produit en première page sur une requête à volume doit être préservée, et si le produit n’existe plus, redirigée vers la catégorie et non vers l’accueil.

3. Construire le plan de redirection, et le tester avant bascule. Une table à deux colonnes, ancienne adresse et nouvelle. Vérifiée ligne à ligne, sans chaîne, sans boucle.

4. Migrer les données, et recetter par échantillon. Pas « la migration s’est bien passée ». Prenez trente produits représentatifs, dont les plus complexes, et comparez champ par champ avec l’ancien site.

5. Basculer hors période de pic. Jamais en novembre. Jamais un vendredi soir.

6. Surveiller six semaines. Positions, erreurs d’exploration, pages indexées. C’est pendant cette fenêtre que les problèmes apparaissent, et c’est là qu’ils se corrigent encore facilement. Google décrit la procédure dans son guide sur le déplacement d’un site avec changement d’URL, et une checklist SEO de migration aide à ne rien oublier.

Ce que l'exploitation nous a appris. Le piège qui nous a coûté le plus cher n'était pas une redirection manquante mais une chaîne de redirections. Une ancienne adresse pointait vers une autre ancienne adresse, qui pointait vers la nouvelle. Chaque saut fonctionnait, le visiteur arrivait bien, et la page ne remontait pas. Depuis, nous vérifions systématiquement que chaque redirection est directe, avec une mesure du nombre de sauts, et pas seulement que l'adresse finale répond.

Les trois erreurs qui détruisent les positions

Rediriger tout vers l’accueil. C’est la solution de facilité et c’est la pire. Une redirection massive vers la page d’accueil est traitée comme une disparition de contenu. Mieux vaut une vraie erreur 404 assumée qu’une redirection non pertinente.

Oublier les pages qui ne sont pas des produits. Les articles de blog, les pages de conseil, les guides d’achat. Ce sont souvent elles qui apportent le trafic organique, et elles sont systématiquement traitées en dernier, quand le budget est épuisé.

Laisser l’ancien site accessible. Deux versions en ligne, c’est du contenu dupliqué et une concurrence entre vos propres pages. L’ancien environnement doit être coupé, pas juste dépublié.

Ce que Shopify ne fera pas comme PrestaShop

Autant le savoir avant de signer.

SujetCe qui change
Structure des URLImposée par la plateforme, non modifiable en profondeur
Règles de prix complexesNécessitent des applications, parfois plusieurs
CheckoutPersonnalisable dans un cadre défini seulement
CommissionApplicable si vous n'utilisez pas leur solution de paiement
MultiboutiqueLogique différente, à repenser et non à transposer
Hébergement et sécuritéPris en charge, c'est le principal gain

Le gain de la migration est réel : plus de maintenance de serveur, plus de montée de version à craindre, une stabilité de checkout difficile à égaler. La contrainte est la perte de liberté sur les cas particuliers.

Combien ça coûte

Nous ne publions pas de fourchette, parce qu’elle dépend entièrement du nombre de références, de la complexité des déclinaisons et du volume d’URL à cartographier. Ce que nous pouvons dire, c’est où va le budget : en général davantage dans la reprise de données et le plan de redirection que dans le design. Un devis qui inverse ces proportions décrit un habillage, pas une migration.

Un avis franc. Si votre PrestaShop fonctionne, qu'il est à jour et que votre seule gêne est l'apparence, ne migrez pas. Refaites le thème. La migration se justifie quand la maintenance devient un poids, quand l'équipe technique manque, ou quand la plateforme bloque un besoin réel. Pas pour changer de décor.

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