Cahier des charges de site e-commerce : le strict nécessaire
Kévin Papot, Directeur de la publication · publié le · 8 min
Les modèles de cahier des charges qu'on trouve en ligne sont souvent interminables : des dizaines de pages de fonctions génériques cochées sans réflexion. Le prestataire les survole, chiffre à la louche, et les vrais besoins spécifiques se perdent dans la masse. Un bon cahier des charges est court, précis sur ce qui est propre à votre entreprise, et silencieux sur ce que toutes les boutiques ont en commun.
Ce qu’un cahier des charges doit permettre
Trois choses, et seulement trois.
Obtenir des devis comparables, parce que tous les prestataires chiffrent le même périmètre. Nous montrons l’intérêt de cette base commune dans l’article sur la comparaison des devis.
Trancher les désaccords en cours de projet, en revenant à ce qui était écrit.
Faire la recette à la fin, en vérifiant point par point que ce qui était demandé fonctionne.
Tout ce qui ne sert pas l’un de ces trois objectifs peut être retiré.
Les rubriques indispensables
| Rubrique | Ce qu'elle doit dire | Longueur utile |
|---|---|---|
| Contexte et objectifs | Qui vous êtes, ce que vous vendez, à qui, et ce que le projet doit changer en chiffres | Une page |
| Existant | Plateforme actuelle, volumes, outils connectés, ce qui fonctionne et ce qui bloque | Une page |
| Catalogue | Nombre de références, déclinaisons, attributs, fréquence des mises à jour | Une page |
| Règles métier spécifiques | Tout ce qui sort de l'ordinaire : prix, livraison, clients professionnels, sur-mesure | Autant que nécessaire |
| Intégrations | Chaque outil à connecter, sens des flux, fréquence | Une page |
| Reprise de données | Ce qui doit être repris : produits, clients, commandes, contenus, adresses des pages | Une demi-page |
| Contraintes | Budget, date impérative, contraintes internes | Une demi-page |
| Qui fait quoi | Contenus, photos, saisie, tests : ce qui revient au client | Une demi-page |
On arrive à une dizaine de pages. C’est suffisant pour la grande majorité des projets de boutique de taille petite et moyenne.
La rubrique qui fait toute la différence : les règles métier
C’est là que se jouent les écarts de prix et les mauvaises surprises. Une fonction standard, comme un panier, un compte client ou un code promo, n’a pas besoin d’être décrite : toutes les plateformes la proposent. Ce qui doit être écrit en détail, c’est ce que votre activité a de particulier.
Pour chaque règle, décrivez un exemple concret plutôt qu’une formule abstraite.
Mauvais : « Gestion de tarifs spécifiques pour les professionnels. »
Bon : « Un client professionnel validé voit des prix hors taxe, avec une remise qui dépend de son groupe, parmi trois groupes. Il peut payer par virement à trente jours s’il a déjà passé une commande. Un particulier ne voit jamais ces prix. »
Le second paragraphe permet à un prestataire de chiffrer, de développer, puis de tester. Le premier permet seulement de discuter.
Ce que l'exploitation nous a appris. Si nous devions écrire aujourd'hui le cahier des charges de nos boutiques de métaux précieux, la règle la plus importante tiendrait en quelques lignes : les prix suivent un cours mis à jour plusieurs fois par jour, le prix affiché dans le panier doit rester garanti pendant un temps limité, et au-delà il doit être recalculé avant paiement. Cette seule règle conditionne le choix de la plateforme, le flux produit publicitaire et le tunnel de commande. Aucun modèle générique de cahier des charges ne l'aurait fait apparaître. C'est exactement le type d'information qu'il faut écrire en premier.
Ce qu’on peut laisser au prestataire
Le choix technique, si vous n’avez pas de contrainte réelle. Décrivez vos besoins et laissez chaque prestataire argumenter sa proposition de plateforme. Imposer une technologie sans raison prive la consultation d’une partie de son intérêt. Le sujet est traité dans quelle plateforme e-commerce choisir.
Le design détaillé. Donnez des références de sites que vous aimez et expliquez pourquoi, plutôt que de dessiner des maquettes.
La liste des fonctions standard. Inutile d’écrire que le client doit pouvoir créer un compte ou suivre sa commande.
Ce qu’il ne faut jamais oublier
Les objectifs chiffrés. « Augmenter le taux de conversion mobile », « réduire le temps de mise à jour du catalogue ». Sans objectif, impossible de dire si le projet est réussi.
La reprise de l’existant, pour une refonte. En particulier la liste des adresses de pages qui reçoivent du trafic, et l’exigence d’un plan de redirection.
Ce qui revient au client. Les contenus, les photos et la validation prennent du temps, et un projet peut être bloqué par le client autant que par l’agence.
Les critères de recette. Quelques parcours types à tester avant la mise en ligne : commande d’un produit simple, d’un produit à déclinaisons, avec un code promo, par un client professionnel, sur mobile.
Un avis franc. Si vous n'avez pas le temps d'écrire un cahier des charges, écrivez au moins la rubrique des règles métier spécifiques, avec des exemples. C'est la seule que personne ne pourra rédiger à votre place, et c'est celle qui évite l'essentiel des malentendus. Le reste peut se construire avec le prestataire lors d'un atelier de cadrage.
Sujets voisins : ce que doit contenir un audit e-commerce et le coût de possession d’une plateforme. Nous aidons à rédiger ce document au début de chaque projet de création de site e-commerce.
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